Interview exclusive de Xavier Bertrand
Le Ministre du Travail, des Relations Sociales et de la Solidarité accorde une interview exclusive à Agir Magazine sur le thème de la qualité de vie au travail.
Extrait de l'interview exclusive
Agir Mag : Monsieur le Ministre, dans votre discours d’ouverture de la Conférence sociale sur les conditions de travail, le 4 octobre 2007, vous dîtes « qu’il n'y a pas de travail de qualité sans qualité de vie au travail », pouvez-vous préciser ce leitmotiv ?
Xavier Bertrand : Ce n’est pas un leitmotiv, c’est une conviction. La conférence sociale sur les conditions de travail a été un évènement fondateur : pour la première fois, les pouvoir publics, les partenaires sociaux et les agences prévention se sont réunis de façon constructive pour faire bouger les lignes. L’amélioration des conditions de travail est une des priorités du Président de la République car valoriser le travail, c’est aussi permettre à chacun de s’épanouir et de se sentir bien dans son travail. Quand on vit mal son travail, on devient moins efficace et on se démotive ou pire, on est malade et absent de l’entreprise. Pour répondre à votre question simplement : on ne fait pas bien son travail si l’on n’est pas bien dans son travail et une telle situation n’est profitable ni au salarié, ni à l’entreprise.
Agir Mag : Quelles sont les priorités que vous souhaitez développer et renforcer en matière de conditions de travail ?
Xavier Bertrand : Tout d’abord, il faut rénover le dialogue social sur les conditions de travail : je pense notamment à la création du Conseil d’orientation sur les conditions de travail (COCT), qui remplacera les structures existantes. Ensuite, il faut rendre accessible à tous les acteurs de la prévention une information claire et exhaustive. C’est ce que nous ferons par exemple dans le domaine des troubles musculo-squelettiques en lançant une campagne d’information pour sensibiliser le public sur ce sujet. Il faut repenser le contexte professionnel dans son ensemble : les managers, les DRH, les ingénieurs, les médecins du travail doivent être à la pointe des bonnes pratiques en entreprises. Enfin, je veux instaurer une nouvelle dynamique de négociation : une conférence de suivi aura lieu au premier semestre 2008 et trois négociations sociales sur les dispositifs d’alerte, la réforme des CHSCT et la traçabilité des expositions doivent être prochainement lancées.
Avant tout, je pense que dans ce domaine, ce sont les entreprises qui doivent être pionnières. Il ne suffit pas d’imposer pour que les choses avancent : il faut privilégier les démarches de terrain et les entreprises doivent elles-mêmes être force de propositions et d’actions. De nombreuses initiatives existent déjà en France et tout le monde pourrait s’en inspirer.
Agir Mag : Alors justement, la prévention, à tous les niveaux des pratiques professionnelles, est aujourd’hui un plaidoyer politique ; comment faciliter le changement des mentalités pour (enfin) sortir de la « culture de réparation » ?
Xavier Bertrand : Il y a un véritable changement de culture à impulser et ce changement doit être à la portée de tous. Cette transformation en faveur de la prévention ne va pas se décréter, elle doit être mise en œuvre de concert avec les entreprises. L’employeur doit être le premier impliqué dans la démarche de prévention, d’autant plus que comme je l’ai déjà dit, les conditions de travail seront le premier facteur d’attractivité des entreprises. Les salariés devront aussi devenir pleinement acteur de la prévention et être associés aux démarches de leur employeur car cette approche doit, pour réussir, être collective. Encore une fois, nous n’avançons pas en terrain vierge et on observe déjà des démarches de prévention relativement abouties. Les données relatives aux accidents du travail et aux maladies professionnelles, l’entretien individuel, les indicateurs RH, les remontées via les médecins du travail sont autant d’outils simples permettant d’identifier et donc de prévenir les risques liés aux conditions de travail. La prévention peut aussi se traduire par la mise à niveau ou l’acquisition de compétences spécifiques dans l’entreprise et par la formation des salariés à la santé, la sécurité et l’hygiène de vie. La France est, par rapport à d’autres pays voisins, en retard en matière de prévention. On s’attaque souvent aux problèmes lorsqu’il est déjà trop tard. Le principe de précaution ne doit pas s’appliquer qu’en matière d’environnement.
Agir Mag : Le gouvernement veut restaurer la valeur du travail ; cela ne passe-t-il pas aussi par une amélioration des conditions de vie au travail, jugées de plus en plus stressantes ?
Xavier Bertrand : Travail et stress sont deux mots que l’on associe de plus en plus souvent. Les conditions de travail ont été bouleversées avec la modernisation de notre société et de notre économie. On ressent en France, plus qu’ailleurs, une pression forte au travail : d’un côté, les jeunes ont du mal à accéder à l’emploi et de l’autre notre taux d’emploi des seniors est faible, si bien que le marché du travail est très concentré sur les 25-55 ans, et c’est sûr eux essentiellement que pèse le stress. Voilà pourquoi il faut prendre ce sujet à bras le corps. Le stress est aussi un phénomène nouveau et difficile à aborder. Premièrement il se manifeste par de multiples réactions qui ne sont pas les mêmes chez tous les salariés (agressivité, absentéisme, baisse de motivation, perte d’efficacité et dans les cas les plus graves de véritables maladies chroniques). Deuxièmement, les mêmes risques et les mêmes conditions de travail peuvent être perçus différemment d’un individu à l’autre, et ces sources peuvent être multiples : changements organisationnels, manque de reconnaissance, pression sur les résultats, insuffisante marge de manoeuvre, etc. Le stress est loin d’être facile à identifier, à définir et à quantifier, d’un individu à l’autre, d’une entreprise à une autre car ses expressions varient en permanence.
C’est pour cette raison qu’il faut aujourd’hui identifier les facteurs de stress indiscutables.
| |
Nous adhérons aux principes de la charte HONcode. Vérifiez ici. |






