Les français en surpoids ?
L’enquête épidémiologique ObÉpi, réalisée par Roche, l’Inserm et la Sofres tous les trois ans depuis 1997, permet de suivre l’évolution du surpoids et de l’obésité dans la population adulte française. Les conclusions de la cinquième édition 2009 sont inquiétantes et confirment l’aggravation de la prévalence du surpoids…
Interview
Bernard Guy-Grand, Professeur honoraire de Nutrition,
Ancien Chef du Service de Nutrition - Hôpital Hôtel-Dieu
Agir Mag : Que vous inspirent les résultats de l’enquête ObÉpi 2009 ?
Bernard Guy-Grand : Si l’on regarde la répartition de l’Indice de Masse Corporelle (IMC) en 2009, on constate que 14,5 % des Français sont obèses (contre 8,5 % en 1997) et 31,9 % sont en surpoids (contre 29,8% en 1997). Sachant que ce sont des mesures déclarées par les individus, qui ont assez souvent tendance à sur-évaluer leur taille et sous-évaluer leur poids, on estime que les fréquences réelles sont probablement de 3 à 4 points au-dessus de ces chiffres, ce qui fait que le surpoids concerne aujourd’hui près d’un Français sur deux. En dépit du Programme National Nutrition Santé lancé en 2001, l’épidémie d’obésité et de surpoids continue à se développer. Toutefois il eut été étonnant que le PNNS soit efficace à si court terme, car c’est au moins sur 20 ans que l’on peut juger des résultats d’actions de prévention en la matière.
Agir Mag : Quels sont les principaux facteurs à l’augmentation de l’obésité ?
B. G-.G. : Au niveau individuel, l’obésité résulte d'un déséquilibre énergétique sur une longue période, la consommation dépassant les dépenses. Le mode alimentaire et l'insuffisance d’activité physique sont donc les principaux facteurs en cause, la mobilité des personnes ayant considérablement diminué au cours des dernières décennies. Les prédispositions génétiques poussent un certain nombre de Français à mal se défendre contre l’excès alimentaire et la diminution de l’activité physique. D’autres facteurs convergent pour contribuer à la prise de poids : disponibilité alimentaire importante en France, taille des portions élevée, arrêt du tabac, certains médicaments, réduction du temps de sommeil, etc. Il est possible aussi que les conditions nutritionnelles pendant la grossesse ou la petite enfance déterminent ultérieurement les capacités à grossir en modifiant l’expression des gènes, c’est-à-dire la façon dont ils travaillent. On soupçonne aussi le rôle potentiel d’un certain nombre de pesticides et de fongicides, qu’on trouve en quantité très mineure dans certains aliments et qui pourraient avoir une influence sur le métabolisme des individus.
Agir Mag : Est-ce que le contexte socio-économique joue un rôle sur l’évolution du surpoids et de l’obésité ?
B. G-.G. : Les résultats de l’étude montrent de fortes disparités sociales. La fréquence de l’obésité reste inversement proportionnelle aux revenus : 22% pour moins de 900 € mensuels par foyer contre 6% à partir de 5 301 €. Je crois qu’il y a aussi une question d’arbitrage dans les dépenses des foyers. Il se trouve également que les d’aliments relativement bon marché sont souvent des produits caloriquement les plus denses, les plus gras et les plus sucrés, ce qui favorise l’émergence de l’obésité dans les couches sociales les plus défavorisées.
Agir Mag : Les restaurants d’entreprises favorisent-ils une alimentation saine ?
B. G-.G. : Malheureusement pas tous. Beaucoup proposent des alternatives intéressantes, mais sans mesures incitatives susceptibles de favoriser la consommation de fruits ou de légumes : ces offres sont au choix mais rarement mises en exergue.
Agir Mag : Les mini pause déjeuner au travail, devant le PC, sur le chantier ou au snack du coin… sont-elles synonymes de malbouffe ?
B. G-.G. : Pas forcément. Il reste à démonter que ce type de comportement favorise la prise de poids même si l’on peut regretter que ces repas ne fournissent pas l’occasion d’une pause. Tout dépend de ce que l’on mange sur le pouce. On peut trouver des sandwichs parfaitement acceptables sur le plan nutritionnel dans le commerce ou préparés à la maison.
Source : Agir-mag.com / Avril 2010
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